Rêveries nivéales

Nous marchons dans le froid éclairés par la lumière blafarde des lampadaires. Des flocons de neige s’échouent sur nos chevelures coiffées par le vent. Je lève la tête, mes binocles embuées laissent entrapercevoir un ciel mauve sans étoiles. Le bruit de mon pied qui crisse sur le trottoir dénivelé me rappelle à la réalité. J’observe mes tennis blanches, pensive: elle était vraiment chouette cette soirée pizzas entre copains.

Une voix au loin parvient à mes oreilles, je l’entends à peine. J’aimerais m’imprégner pour toujours du bonheur que me procure la neige en cet instant précis. Je m’arrête pour photographier un arbre sans feuillage que la neige a habillé pour la nuit. Bientôt, nous ne distinguons plus la route du trottoir. Je me prends à effectuer des glissades moyennement contrôlées sur le sol. Je pourrais marcher des heures dans ce paysage glacé.

L’air du soir s’est radoucit et inconsciemment nous ralentissons notre foulée pour observer avec un émerveillement renouvelé ce paysage lacté qui fait miroiter en nos pupilles sa blancheur étincelante.

Le tournant d’une rue indique que notre marche touche bientôt à sa fin. Je glisse une main frigorifiée dans la poche de mon trench et appuie sur un bouton au hasard. Au loin deux points lumineux oranges éclairent la nuit tels deux balises de détresse. Nous rejoignons la voiture sans un bruit.

Une fine pellicule de cristaux blancs la recouvre. Au rythme du bruit de nos grattoirs j’entonne un chant de Noël intemporel. Une mini-avalanche de neige chute de la galerie pour venir s’écraser sur le siège passager où je m’assoie, les fesses détrempées. J’enclenche le contact: un vieux tube des années 80 s’échappe de l’auto-radio tandis que nous entreprenons le retour à la maison avec pour bruit de fond le chauffage qui crache de l’air froid.

Nous déambulons sur le manteau blanc qu’a revêtu la ville en notre absence. Peu de kilomètres nous séparent de la maison. Le chemin du retour prend fin quelques minutes plus tard au détour d’un virage en pente menant au parking souterrain de notre résidence: le bruit des pneus qui crissent déchire la nuit tandis que la voiture glisse dangereusement vers le bord avant de se remettre dans l’axe, in-extremis. Soulagés et exténués, nous laissons échapper un rire cristallin qui vient tinter l’air d’une fine brume opaline qui se se dissipe aussi vite que notre inquiétude.

L’ascenseur nous rapproche un peu plus de la promesse d’un lit chaud et moelleux. Le clac métallique du pêne qui s’ouvre se fait enfin entendre. Une lueur au loin attise notre regard: c’est le blanc de la neige qui illumine notre salon tel un soleil en plein zénith une chaude journée d’été.

Je colle mon front au verre froid de la baie vitrée et j’observe les flocons tomber. Emplie de reconnaissance, je savoure chacun de ces instants que je range précieusement dans mes boîtes à souvenirs anti-coup de blues pour ces jours où me vient souvent à l’idée de me demander quel est le but de mon existence sur cette terre.

Je sens une main prendre la mienne avec délicatesse et des bras m’enlacer le temps d’une étreinte silencieuse, délicieuse. Nos paupières lourdes de sommeil s’affaissent devant ce ballet dansant.

Emmitouflés bien au chaud dans notre lit, j’attends que les bras de Morphée m’étreignent pour prolonger le temps d’un crépuscule ces rêveries nivéales.

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