Lecture #2 – Martin Page – Les animaux ne sont pas comestibles

Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont les relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux.

Milan Kundera, citation extraite de la quatrième de couverture du livre de Martin Page.

Je vous retrouve sur le blog pour vous parler d’un livre bienveillant, plein de bon sens, qui m’a interpellé tant sur le plan moral, politique, éthique ou encore philosophique et qui est un véritable plaidoyer pour la cause animale: « Les animaux ne sont pas comestibles » ❤ de Martin Page.

Dans son livre l’écrivain Martin Page retrace son cheminement vers le véganisme qu’il illustre au fil des chapitres de morceaux de vie touchants, de bribes de discussions pleines de discernement, de conseils nutritionnels avisés tout en offrant une réflexion plus complexe sur l’écologie, l’agriculture, le marketing, la société de consommation, la mode ou encore le darwinisme.

Sur la forme le livre est donc divisé en plusieurs chapitres de natures différentes mais sur le fond il sert une seule et même cause visant à remettre en question le regard que nous portons quotidiennement sur les animaux. Il pointe du doigt la nécessité de mettre fin à l’exploitation animale, au carnisme et de fermer les abattoirs.

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Pour rappel: est considéré comme végane une personne ne mangeant « aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation« . C’est un mode de vie qui va plus loin que le végétalisme dans le sens où il implique un engagement politique en faveur de la libération animale et ayant pour but de redéfinir notre rapport avec les animaux, d’individus à individus. Il vise à mettre sur un même pied d’égalité les animaux humains et les animaux non-humains, sur un plan à la fois moral, éthique, politique mais aussi légal. Ceci se traduit par un engagement dans la lutte des droits des animaux et peut prendre différentes formes: boycott des zoos et cirques, refus de porter des vêtements faits à partir d’animaux (cuir, nubuck etc.), refus d’utiliser des produits de beauté testés sur des animaux, en passant par des manifestations, créations de tracts pour sensibiliser les gens, implication dans des associations de luttes pour les droits des animaux, donations etc. Cette idéologie englobe d’autres concepts dont je vous parlerai dans un prochain article 🙂

A la différence du discours moralisateur qu’on entend bien souvent et qui dessert la cause plus qu’il ne participe à son rayonnement, il me paraissait important de souligner que le discours de Martin Page doit être entendu comme une invitation bienveillante et déculpabilisante destinée aux omnivores mais également aux végétariens. Il vise à élargir notre champ de vision pour nous amener à nous poser les bonnes questions, à mes yeux celles qui nécessitent tout simplement du bon sens.

Ce discours bienveillant n’en reste pas moins ferme: il est celui d’un animaliste (un homme engagé dans la cause animale) qui a pour souhait d’institutionnaliser le véganisme et par conséquent d’élargir et de redéfinir notre définition de ce qui est socialement admis de nos jours comme étant la norme.

J’ai pris le parti de vous parler de quatre grands sujets traités dans ce livre qui m’ont directement interpellés et touchés. Ils m’ont permis d’approfondir ma réflexion sur le sujet et j’espère qu’ils vous donneront envie de lire ce livre pour en apprendre plus à votre tour 😉

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(Désolé pour la qualité photo par terrible mais la luminosité aujourd’hui laisse à désirer)

Lutter contre « l’analphabétisme nutritionnel ».

Pour Martin Page, la lutte pour la libération animale doit donner lieu à une lutte contre la désinformation et « l’analphabétisme nutritionnel » qui touche une large partie de la population à ce jour: les gens ne savent pas de quoi sont réellement composées leurs assiettes et force est de constater que manger est devenu un réflexe alimentaire plus qu’un acte réfléchi. Nos habitudes alimentaires sont faites de croyances populaires et de traditions qui ont marquées des générations entières et ont générées chez nous des automatismes biaisés dont il faut prendre du recul. En effet, beaucoup pensent encore qu’en cas de carence en fer il suffit de manger un bon steak pour être guéri, hors les fruits et légumes en contiennent également. Combien de fois ai-je moi-même entendu dire qu’en période de règles, afin de ne pas être carencée en fer, je devais manger du boudin noir? Pléthores d’arguments que j’entends encore régulièrement lors de repas de famille ou de soirées entre amis. Dans son livre, Martin Page nous invite ainsi à nous lancer dans ce qu’il appelle une véritable « lutte de réappropriation alimentaire »: sortons de nos zones de confort, faisons preuve de curiosité, instaurons de-ci, de-là, ces petits changements dans nos vies. Luttons contre la désinformation et questionnons davantage ce qu’il y a dans nos assiettes. Il m’a fallu moi-même du temps pour prendre du recul sur ces diktats qui formataient mon régime alimentaire: en plus d’être désuets et biaisés, ils mettaient parfois en danger ma santé. Je n’ai jamais eu une alimentation aussi riche, variée, complète et équilibrée que depuis que je suis végétarienne. En un an de recherche j’ai désappris beaucoup d’idées reçues pour me construire une connaissance plus éclairée sur ce mode de vie et je considère à présent qu’il est de mon devoir de sensibiliser et d’aider mon entourage à effectuer cette même démarche progressive et progressiste.

Je pense qu’il est aussi important, outre le fait de reconnecter notre corps à notre esprit, de prendre également conscience du rôle que celui-ci joue et qui s’étend à d’autres domaines tels que la politique. Notre corps est politisé et manger est en soit un acte politique. Refuser de manger des produits animaliers n’est pas qu’une question de marginalisation, un effet de mode ou un ré-équilibrage alimentaire fun: c’est une lutte perpétuelle contre l’oppression et tout ce qu’elle implique / engendre.

Lutter contre l’empathie sélective.

J’ai particulièrement aimé la partie où Martin Page redéfinit notre appréhension et notre conception de l’empathie. Il explique que l’empathie est quelque chose de paradoxal: il arrive qu’en une même journée une personne s’apitoie sur le sort d’un animal blessé, lui vienne en aide, pleure quand il meurt ou s’insurge si on lui a intentionnellement infligé du mal,  mais que celle-ci mange quelques heures plus tard une bonne entrecôte accompagnée d’un bon verre de vin et d’une généreuse portion de frites, le sourire aux lèvres. Notre empathie serait-elle donc devenue sélective? Ici, Martin Page pointe du doigt le fait qu’il soit socialement admis d’adopter ce type de comportement en société et démontre oh combien la violence a été institutionnalisée et « inconscientisée » dans nos esprits. Il nous explique simplement que la justification morale de la tradition à perpétuer, de l’habitude alimentaire à satisfaire, ne justifie plus que les minorités subissent de notre part quelconque forme d’oppression. Le prédation ne peut plus être la solution à notre survie. Une fois de plus, il nous invite à sortir de ce carcan qui crée chez nous des réflexes dissonants et à adopter une empathie globale et universelle. J’ai particulièrement aimé le passage où il explique qu’adopter ce type de comportement nous place inéluctablement dans ce qu’il appelle une « position oxymorique » qui fait que nous pleurons lorsque notre animal de compagnie meurt mais que nous mangeons et nous habillons de la peau d’autres animaux.

En tant que néo-végétarienne il m’a fallu du temps pour admettre mon implication dans la souffrance animale, qui bien que réduite ne sera pas nulle tant que je ne serais pas végane. Mon cheminement est progressif, personnel et le fruit de nombreuses lectures et documentations que je vous invite à entreprendre également.

Lutter et mettre fin à l’asservissement des animaux non-humains.

Dans son livre, Martin Page se fait le porte parole des animaux en donnant sa voix pour appeler à la fin de l’asservissement des animaux humains (nous) vis-à-vis des animaux non-humains. En effet, force est de constater que le rapport qu’a (globalement) entretenu l’homme avec les animaux depuis des décennies a presque toujours été fondé sur une relation qu’on pourrait qualifier de « bestiale », de dominant vs. dominé. Comme l’a si bien amené Martin Page: à quel moment dans l’histoire de l’humanité est-il devenu socialement acceptable, normal, banal de faire de quelqu’un quelque chose à vendre, de comestible, qui rapporte du profit, des bénéfices et dont la mort peut être scénarisée, instrumentalisée, diffusée à la télé ? Un animal non-humain n’en est pas moins un individu qui, comme nous est parcouru par diverses émotions comme le bonheur, la peur, la tristesse. L’éthologie, science qui étudie le comportement des espèces animales (humain inclus) a d’ailleurs démontré que les animaux non-humains étaient aussi sentients que  nous. Ainsi, la fin de l’exploitation animale accorderait enfin à ces individus le droit de vivre en tant qu’être libres et égaux.

« Aller plus loin que l’ambition du moins pire ».

D’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais aimé les changements radicaux qui sont pour moi source de stress et d’angoisse considérables. Je suis pour les transitions raisonnées qui se font en douceur. Chacun fait des efforts à son niveau, à son rythme, et c’est très bien comme cela. Moi-même, je ne suis pas devenue végétarienne du jour au lendemain. Cependant, je pense qu’il est important, sur le long terme, de ne pas perdre de vue ses objectifs. Comme le souligne Martin Page, lutter pour la fin de l’asservissement des animaux non-humains doit « aller plus loin que l’ambition du moins pire ». Arrêtons de croire qu’on peut décemment tuer de nos jours sans infliger une once de douleur: la mort, même douce, reste douloureuse. Vos steaks hachés auront beau être bio, plus respectueux pour l’environnement, sans OGM, la finalité pour la bête massacrée reste la même: ils ne vous permettront en rien de mettre fin à la cruauté de l’acte perpétué. Il est primordial que notre engagement trouve une cohérence entre les idées que nous défendons et les actions que nous mettons en place.

*

L’article touche à sa fin et j’espère qu’il vous aura convaincu de dévorer ce brillant livre qui aborde d’autres concepts clés tels que le spécisme/l’anti-spécisme, le welfarisme/néowelfarisme, l’abolitionisme ou encore la sentience.

Par dessus tout, j’espère que Martin Page, comme il l’a fait pour moi,  vous aidera à voir ou entre-apercevoir le véganisme comme une « science émancipatrice » invitant chacun à construire son « animalisme » 🙂

Je conclurai en précisant qu’il constitue une très bonne introduction au sujet de manière générale, et que vous pourrez, si vous le souhaitez, approfondir cette réflexion en lisant le livre très bon livre d’Aymeric Caron intitulé « Antispéciste ».

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